LITTLE BROTHER | THE MINSTREL SHOW

Il s’agissait certainement de l’un des albums les plus attendus de l’année 2005: le retour de Little Brother, le trio de Caroline du Nord formé par Phonte, Rapper Big Pooh et 9th Wonder. Bien du chemin a été parcouru depuis «The Listening» : 9th Wonder est devenu le producteur le plus recherché du middleground, a multiplié les albums en collaboration avec des MCs de tous horizons (Jean Grae, Murs, Buckshot, etc) et disséminé un nombre à peine croyable de productions à droite, à gauche, et, semble-t-il, même au milieu (Jay-Z, Masta Ace, Sean Price, etc ). Phonte, en collaboration avec le producteur Nicolay (formant ainsi le duo Foreign Exchang), a publié «Connected». Big Pooh a lui aussi tenté sa chance en solo en sortant l’album «Sleepers». Il était donc temps pour le trio de fournir un nouvel effort commun en réponse à l’attente suscitée par les morceaux égarés au hasard des compilations et autres collaboration, ainsi que par une mixtape (Chitline Circuit 1.5) des plus prometteuses.

9th Wonder se voit chargé de 14 des 17 productions présentes sur l’album, les trois restantes étant confiées aux soins de Nicolay, Khrysis et Piano Reeves. Foncièrement, aucuns changements majeur n’est à noter quant à la couleur soulful générale (devenue d’ailleurs la marque de fabrique du groupe) dont les instrumentaux sont empreints. Les célèbres patterns de Wonder –si souvent sujettes à polémique- sont également de la partie, agrémenté néanmoins de quelques variations salvatrices à l’attention des plus critiques d’entre nous. Dans l’ensemble, c’est donc pareil, sans l’être…

En effet, force est de constater que le bouillonnement créatif qui habitait chaque production de «The Listening» n’est plus réellement à l’ordre du jour. L’ensemble apparaît quelque peu assagi, comme plus sobre, voire même un peu terne. La main de 9th Wonder demeure néanmoins sûre et ses créations sonores sont toujours de bonne facture, à l’image de Stil Lives Thought soutenu par une batterie brutale et un sample minimaliste qui fait son petit effet. Les morceaux s’enchaînent plutôt bien, certains pêchant du fait d’un trop grande répétitivité flanquée d’un manque d’originalité parfois carrément pesant (All For You, The Becoming). On en vient pratiquement à avoir l’impression d’entendre des sons que 9th a déjà faits, mais faits en mieux !

La plupart des productions du lp sont donc à classer dans la catégorie «(très) bien, mais peu faire mieux» -tout à fait relatif-, ce qui à la longue ne manque pas d’être plutôt dérangeant quand ce n’est pas frustrant. On ne peut, par exemple, s’empêcher d’être déçu par Lovin It, tant est grand le sentiment que le résultat final n’est pas au niveau du potentiel. Ce sentiment est d’ailleurs un peu trop présent tout au long de «The Minstrel Show» et manque de peu de devenir dominant : c’est bon, souvent très bon, mais cela pourrait être excellent moyennant un petit effort supplémentaire. L’impression d’accomplissement n’est que trop peu présente.

Lyricalement, cela reste aussi du Little Brother. Punchlines gorgées d’humour, d’egotrip gonflé à en crever, de dérision, le tout camouflant habilement une satire précise et efficace du petit monde du Hiphop et de la vie en générale. L’album, tout en revêtant cette fois l’aspect d’un programme télévisé de la chaîne UBN (U Black Ni**az Network), porte d’ailleurs le nom de spectacles populaires à caractère raciste du milieu du 19ième siècle raillant les Noirs. Le parallèle est donc rapidement établi entre les minstrel shows et le rap grand public actuel avec cela de plus effrayant que, grâce au aux rappeurs-bouffons mainstreams, les Noirs n’auraient plus besoin de hordes de sudistes xénophobes ou encagoulés pour être couverts de ridicule. Et cela fonctionne plutôt bien. Sans jamais vraiment se monter la tête, Phonte et Big Pooh parlent en toute simplicité de leur réussite, des bienfaits comme de la pression et des inconvénients qu’elle engendre, des filles, de la mort, des langues trop déliées, bref, du quotidien mais avec ce petit supplément de forme et ces quelques pensées éclairées qui font du bien au tympan.

Chaque rime respire cette approche oldschool du rap, perdue quelque par entre narcissisme et humilité, entre mythomanie furieuse et sincérité : ”No games, no hype, just mind and skillz / pure determination and a heat full of will” côtoie ”Yeah you heard what I said, we the best here / Cuz our worst days be better than your best years” dans la cohérence la plus totale! On notera encore la prestation très remarquée de Percy Miracles (personnage incarné par Phonte) qui place au milieu de la tracklist un monstrueux Cheatin relevant dans le même temps de la satire de r&b kitsh et dégoulinant et de l’hommage à Ron Isley. Mythique.

Le trio sait également s’entourer ; aux trois producteurs précédemment cités viennent, entre autres, s’ajouter Chaundon, Joe Scudda (inévitable sur tout projet de LB), Yahzarah, le grand James Poyser, Elzhi (Slum Village) ou encore l’ignoble Darien Brockington que l’on ne manquera pas de pendre à l’occasion pour avoir délibérément saboter le magnifique Slow It Down (ainsi que chacun des deux autres morceaux sur lesquels il se confond en apparitions plus désastreuses l’une que l’autre) de son chant mièvre et sur-calorique. Les trois frères se payent en plus le luxe d’ajouter à cette liste Dj Jazzy Jeff (rien que ça) pour quelques scratchs en fin de Watch Me.

Au final, on ne redira sans doute jamais assez la qualité de cet album tout comme la frustration qu’il est en mesure d’imposer. Il s’est est fallu de peu, et ce sur chaque morceau, que cette galette atteigne le niveau de «The Listening». Certes, les choses changent, les gens et le son aussi. Quoi de plus normal ? Ce n’est pas là ce qui est remis en question. Bien au contraire, voici sans doute du seul reproche que l’on puisse formuler à l’encontre de cet opus : le manque de risques pris. Et cela fait toute la différence. LB reste LB, mais sans la petite étincelle qui fait d’un très bon album un classique. Pour couronner le tout, la meilleure production de l’album est peut être bien celle de Watch Me, œuvre de… Khrysis.

Le show se termine, le rideau se baisse, et les acteurs nous ont une nouvelle fois donner de quoi nous faire plaisir. Mais cet album n’est ”que” l’un des meilleurs de l’année 2005. A l’écoute de Sincerly Yours on se le répète, ”un peu dommage quand même”. Il s’en est fallu de peu…

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